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Difficultés au travail et sensibilité

Travail et sensibilité

Beaucoup de personnes très sensibles rencontres des difficultés particulières au travail, notamment en « open space ». Voici un premier témoignage.

1) Quelles sont les difficultés concrètes que vous rencontrez au travail ?
Il est parfois difficile de retenir des fortes émotions : tristesse, colère, fou rire… Et devant un supérieur, je suis toujours gênée. Gênée de rougir, d’avoir les larmes aux yeux. J’ai l’impression qu’on me juge sur ces émotions trop visibles, et qu’on considère que je suis « fragile ». Alors que je ne me sens pas du tout fragile dans mon travail, je suis plutôt sûre de moi et de mes idées, j’ai envie de bien les défendre, mais je me laisse déborder par mes émotions.
Devant des auteurs ou des prestataires, je dois faire de grands efforts pour maîtriser cela.
Par ailleurs, la vie en open-space est parfois compliquée : trop de bruits, de mouvements. Il est difficile de se concentrer. Et très dur de parler au téléphone devant les autres collègues.
2) A votre avis, de quelle façon découlent-elles de votre très grande sensibilité ?
Je réagis de manière parfois extrême aux émotions. Si on critique mon travail, les larmes vont arriver très vite. Si on me manque de respect, je vais devenir rouge de colère. Et quand je suis heureuse, je suis prête à sautiller partout dans le bureau… Je ne sais pas cacher mes émotions, et mes interlocuteurs peuvent lire en moi comme dans un livre ouvert… Ce qui peut être problématique dans le cadre du travail, lors de négociations par exemple !
3) Est-ce que ces difficultés sont source de souffrances ? Si oui, lesquelles ?
Ce n’est pas une souffrance, mais plutôt un inconfort. Je sais que je pourrais être plus à l’aise en étant dans un bureau avec moins de personnes, mais je m’adapte à ces conditions. Sur certains points, ma grande sensibilité a été bénéfique : cela m’a permis de me rapprocher de certaines de mes collègues, car je suis très à l’écoute et vraiment dans l’empathie.
4) Est-ce que cela a toujours été ainsi ? Observez-vous une évolution ?
C’était bien pire avant ! Je réussis à mieux maîtriser mes larmes par exemple. Et j’arrive à convertir mes collègues aux fous rires, qui font du bien !
Ce qui a été utile, c’est d’en parler à mes collègues. Elles me comprennent mieux, et savent même me « protéger » si besoin.
Mais en revanche, j’ai l’impression que je deviens de plus en plus sensible aux bruits. Je me sens plus fatiguée, avec le temps.
5) Rencontrez-vous les mêmes difficultés dans vos relations en général ?
Tout à fait ! Dans ma vie personnelle, je rencontre exactement les mêmes difficultés : grande émotivité, sensibilité aux bruits extérieurs, difficulté à prendre la parole en public ou à téléphoner quand quelqu’un est à côté de moi.
6) Quelles sont les conditions pratiques qui vous aideraient à vous sentir mieux au travail ?
 Je serais plus à l’aise en étant seule dans un bureau, ou avec peu de personnes pour limiter les bruits, et pour pouvoir parler au téléphone plus librement.
En ce qui concerne les émotions trop visibles, c’est difficile d’imaginer une solution en revanche, car je dois régulièrement m’adresser à d’autres personnes.

7) Pratiquez-vous une activité qui vous aide ?
Ah oui, tout à fait !

Je marche beaucoup (souvent pour rentrer du travail justement, cela me permet d’avoir un temps pour moi entre le bureau et la maison). Je marche en écoutant de la musique, environ 45 minutes pour le retour.
Par ailleurs, depuis mon enfance, je suis musicienne (je joue de la flûte traversière). Après quelques années sans en jouer (durant mes études supérieures), j’ai repris et je joue à nouveau, de temps en temps, le week-end. Je compte reprendre des cours à la rentrée.
Un autre moyen de décompression, c’est le fait de regarder des séries. Je m’immerge complètement dedans (donc, je suis régulièrement en larmes ou en crise de fou rire devant mon écran). Cela me permet d’exprimer des émotions un peu refoulées dans la journée. Je m’identifie beaucoup aux personnages, et je vis mes émotions à travers les leurs. La lecture a également un rôle similaire pour moi, au quotidien.
Enfin, j’ai découvert le yoga récemment, et je sens que c’est une activité qui pourrait me plaire. Je n’en ai fait que quelques cours pour l’instant mais je suis sortie de là avec un sentiment de sérénité assez incroyable. J’apprécie la communion qui opère entre mon esprit et mon corps durant ces séances. Comme si en prenant conscience de mon corps, j’arrivais à « diffuser » mes émotions partout et à moins les ressentir dans mon coeur ou mon esprit… En fait, j’ai l’impression que les « boules » d’émotions que je ressens parfois dans mon coeur, dans mon ventre pour le stress, ou dans la tête que je suis fatiguée ou dérangée par des bruits, arrivent à se répartir partout dans mon corps quand je me centre sur une position de yoga.


(Merci à Elise pour ses réponses.)

Saverio Tomasella

Saverio Tomasella est docteur en psychologie, psychanalyste est écrivain.
Il a fondé l'Observatoire de l'ultrasensibilité.
Il est l’auteur de nombreux livres, dont :
- Hypersensibles. Trop sensibles pour être heureux ?, Eyrolles, 2013.
- A fleur de peau (roman), Leduc, 2017.
- Attention coeurs fragiles ! Les hypersensibles et l’amour, Eyrolles, 2018.
- J’aide mon enfant hypersensible à s’épanouir, Leduc, 2018.
- Ultrasensibles au travail, Eyrolles, 2019.

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