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L’ultrasensibilité à l’épreuve du travail

 

1) Quelles sont les caractéristiques principales d’une personne hypersensible ?

> Une personne hypersensible est très observatrice, extrêmement réceptive et réactive aux stimulations de son environnement. Elle traite l’information de façon très approfondie. Elle vit des émotions intenses et variées. Lorsqu’elle est ultrasensible, elle fait également preuve de beaucoup d’empathie, de créativité et d’intuition.

2) Concrètement, comment cette grande sensibilité se manifeste-t-elle au travail ?

Elle se manifeste par :

– Des perceptions subtiles sur les personnes et sur les lieux.

– Des sens en éveil (hyperesthésie), souvent reliés entre eux (synesthésies).

– Une grande écoute des autres, pouvant rendre épuisants les excès d’empathie.

– Le désir de développer des relations harmonieuses, fondées sur la compréhension et le respect de chacun(e).

– Des difficultés à s’endormir après des journées trop chargées, un sommeil peu réparateur, des pensées qui se bousculent.

– Une déstabilisation facile et fréquente, la perte de confiance, le découragement.

– La crainte du jugement des autres, de ses propres réactions, d’être débordé par ses émotions.

– Une tendance à se donner entièrement, avec enthousiasme, une porosité à l’autre avec une affectivité très développée.

– La difficulté à faire le tri entre ce qui est personnel et ce qui est professionnel.

– Une profonde révolte face aux injustices.

3) Pourquoi le travail en Open Space s’avère particulièrement éreintant pour les ultrasensibles ?

> Le travail en espace ouvert est épuisant pour les grands sensibles. En dehors du manque d’intimité et de la tendance à la surveillance généralisée, ils sont submergés par toutes sortes de sensations venant d’un environnement surchargé en bruits, discours, odeurs corporelles et alimentaires, parfums, lumières, etc. De surcroît, étant très réceptifs aux émotions des autres et aux tensions dans les groupes, ils captent tout ce qui se passe autour d’eux et ne peuvent pas se focaliser facilement sur leur propre travail.

4) En quoi l’ultrasensibilité rime-t-elle avec perfectionnisme au travail ?

> L’attention méticuleuse accordée aux détails, le désir de bien faire, l’engagement et le dévouement peuvent facilement virer au perfectionnisme. Surtout si les doutes, le manque de confiance en soi et la peur de mal faire se surajoutent à la volonté d’être irréprochable.

5) Les personnes ultrasensibles sont très attentives aux injustices, pour elles comme pour les autres. Cela ne signifie pas forcément qu’elles vont intervenir ?

> Elles interviennent rarement, soit par réserve, discrétion, voire timidité, soit par peur de déclencher un conflit qui pourrait les vider émotionnellement. Par ailleurs, on leur à tellement dit qu’elles prenaient tout « trop à cœur » ou qu’elles exagéraient, que ces personnes ont pris l’habitude de s’adapter à leur environnement et de ne pas faire de vague. Elles gardent donc trop souvent leurs révoltes pour elles, ce qui risque de les miner à la longue.

6) Même si l’hypersensibilité est mal vue au travail, de quelle façon les hypersensibles peuvent affirmer en douceur leur particularité ?

> Le système des entreprises, surtout dans les grands groupes, est favorable à l’uniformité et à la médiocratie, le pouvoir accordé aux plus médiocres, à ceux qui ne font pas d’ombre. C’est regrettable, mais ce n’est pas une fatalité. Les personnes hautement sensibles sont très souvent originales, décalées, surtout si elles sont inventives. Leur sensibilité est le fondement de leur intelligence relationnelle et de leur créativité. Elles peuvent apprendre progressivement à affirmer cette sensibilité, plutôt que de la cacher et de la laisser s’étioler. Cela va aussi leur permettre de s’épanouir et d’évoluer plus rapidement dans leur travail.

7) L’ultrasensibilité peut devenir un vrai levier de créativité si l’ultrasensible parvient à écouter davantage son intuition ?

> Oui. Tout à fait. Les ultrasensibles sont bourrés d’intuitions, mais on leur a demandé dès le plus jeune âge de ne pas en tenir compte. Ils ont donc oublié qu’ils sont intuitifs. En accordant chaque jour de l’importance aux signaux faibles, notamment aux sensations corporelles, aux impressions, aux rêves, aux subtilités de l’expression non-verbale, on peut développer de nouveau son intuition active, consciente et la déployer dans son travail.

8) La création d’entreprise peut être une bonne solution pour les hypersensibles, mais quels aménagements peut-on imaginer pour un salarié ?

> De très nombreux hypersensibles choisissent de plus en plus de travailler de façon indépendante ou à distance, en télétravail. Pour celles et ceux qui n’ont pas encore franchi le pas ou qui préfèrent rester salariés, il est possible de demander à sa direction un aménagement des conditions et du temps de travail. Cela prend du temps, cela demande de bien préparer ses arguments, de façon concrète et factuelle, et de prouver que la qualité du travail fourni sera largement supérieure, sans oublier la santé, l’équilibre personnel et la motivation.

9) Est-ce important d’adopter une meilleure hygiène de vie ?

> Oui, c’est fondamental. Les hypersensibles se fatiguent vite, leur système nerveux sature rapidement. Ils sont besoin de faire des pauses régulièrement, de se ressourcer, de bien dormir, de pratiquer une activité physique qui les détend, de manger de façon appropriée, de beaucoup boire et, souvent, de prendre des compléments alimentaires ou des plantes pour retrouver un bon équilibre général.

10) Mieux vivre cette hypersensibilité passe aussi par la meilleure prise en compte de sa charge sensible ?

> En priorité, il est crucial de repérer les moments de saturation, de « surcharge sensible ». Dans ces cas-là, il devient impératif de prendre soin de soi : notamment par des temps de repos, un agenda moins chargé, mais aussi en évitant de jouer au Saint-Bernard ou à mère Teresa. Il est nécessaire de connaître ses limites pour prendre ses distances avec les problèmes des autres et avec leurs émotions. Chaque chose en son temps.

11) L’intelligence sensible permet de mieux comprendre les situations vécues. Comment faire dans une entreprise qui ne valorise pas ce type d’intelligence ?

> Tenir bon, s’affirmer, résister… La découverte de l’intelligence sensible correspond pour moi à l’évidence d’une révolution sensible dans la société et dans les entreprises. Cette révolution en faveur de la sensibilité et des émotions sera menée par les femmes, avec les hommes éveillés, car elle vise à en finir avec des siècles de machisme, de virilisme et de mépris de la sensibilité. Commençons dès aujourd’hui, là où nous sommes. Plus nous serons nombreuses et nombreux, plus cette révolution tranquille pourra s’effectuer, pour le plus grand bénéfice de tous et de la planète !

12) Il vaut mieux ne pas se laisser enfermer par l’étiquette d’hypersensible, au risque de perdre son unicité ?

> Oui, c’est fondamental à long terme. C’est aussi la raison pour laquelle je propose d’autres façon de parler de l’hypersensibilité : sensibilité élevée, haute sensibilité, ultrasensibilité, etc. pour ne surtout pas nous figer dans une catégorie rigide qui deviendrait vite un cliché, un stéréotype stérile. Chacune et chacun de nous est unique, spécifique, donc différent. Notre sensibilité est notre signature personnelle : elle est éminemment originale, c’est surtout cela qui dérange les systèmes établis, qui ont tendance à l’inertie. Restons vivants, soyons nous-mêmes et affirmons notre sensibilité comme elle est, avec nos propres idées et nos mots à nous…

Merci !

Saverio Tomasella, Ultrasensibles au travail, Eyrolles, 2019.

 

 

 

Saverio Tomasella

Saverio Tomasella est docteur en psychologie, psychanalyste est écrivain.
Il a fondé l'Observatoire de l'ultrasensibilité.
Il est l’auteur de nombreux livres, dont :
- Hypersensibles. Trop sensibles pour être heureux ?, Eyrolles, 2013.
- A fleur de peau (roman), Leduc, 2017.
- Attention coeurs fragiles ! Les hypersensibles et l’amour, Eyrolles, 2018.
- J’aide mon enfant hypersensible à s’épanouir, Leduc, 2018.
- Ultrasensibles au travail, Eyrolles, 2019.

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