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Notre sensibilité est un trésor

Émission En toute conscience, du 19 février 2019, animée par Ana Sandréa (Extraits)

LE POUVOIR DE LA SENSIBILITÉ / Saverio TOMASELLA

Ana : Bonsoir les amis, je suis tout émue car nous sommes à la première émission « En toute conscience ». Ce soir, pour fêter ça, nous avons invité Saverio Tomasella. Bonsoir Saverio !

Saverio : Bonsoir Ana.

Ana : Saverio est psychanalyste, docteur en psychologie et auteur de plusieurs ouvrages, notamment le roman « À fleur de peau » qui parle de la sensibilité, sujet que nous allons aborder ce soir avec lui. Saverio, peux-tu nous dire ce qu’est la sensibilité ?

Saverio : La sensibilité est une manifestation de notre âme dans notre corps. Elle passe par ce que je ressens par mon corps, par exemple « il fait chaud, il fait froid, j’ai faim, j’ai soif, il y a de la lumière plus ou moins forte, il fait nuit, il fait jour, il y a du bruit ou de la musique, ou le chant des oiseaux, le silence, les odeurs de cuisine, des parfums, des sensations tactiles, si je touche la main de quelqu’un ou le pull sur ma peau, ou des étiquettes qui grattent, etc. La sensibilité est d’abord faite de toutes ces sensations que nous avons à chaque instant de notre vie. Puis, il y a les émotions, c’est-à-dire qu’en plus des sensations, je vais ressentir de la joie, de la tristesse, de la peine, de la honte, de la colère, de la peur, etc. Je peux aussi avoir des sentiments plus durables comme un sentiment amoureux, un sentiment de béatitude ou de félicité, un sentiment de trahison, un sentiment de loyauté, un ressentiment quand j’en veux à quelqu’un. Après, il y a toutes nos intuitions, c’est-à-dire ce que l’on perçoit de façon très subtile ; par exemple à propos d’une personne qu’on ne connaît pas, on va se dire « ah oui , je sens qu’on va bien s’entendre », ou au contraire « non, je n’ai pas envie, je ne me sens pas très à l’aise avec cette personne », mais aussi on peut avoir une intuition par rapport à un lieu, quand on cherche un appartement ou une maison, on va tout de suite sentir si on se sent bien ou pas dans ce lieu-là. On peut aussi avoir des intuitions par rapport à notre travail, et sentir que des choses vont arriver, sentir les personnes qui vont nous aider à mener tel ou tel projet, etc. Il y a de nombreuses intuitions. Tout ça constitue la sensibilité. Il y a aussi des personnes qui ont des ressentis encore plus subtils, qu’on va dire un peu médiumniques, et cette médiumnité fait qu’elles peuvent entrer en contact avec des réalités invisibles et intangibles, qui sont de l’ordre spirituel, et ça c’est encore de la sensibilité. Donc, vous voyez à quel point la sensibilité est large, et finalement, elle concerne tout notre quotidien, toute notre vie au jour le jour parce que c’est aussi à partir de la sensibilité que se développe l’intelligence, donc notre capacité de penser. Sans notre sensibilité on ne pourrait pas penser.

Ana : Là, tu nous donnes un outil parce que la sensibilité peut être un système de guidance ?

Saverio : La sensibilité est liée à l’âme, elle est une expression de l’âme dans le corps, puisque nous sommes des êtres incarnés : elle est donc notre grand outil de guidance, notre grand baromètre, notre grande aide pour pouvoir prendre les bonnes décisions, faire les bons choix, voir clair, développer justement sa clairvoyance, son discernement, sa lucidité et tout ce qui va avec.

Ana : Est-ce que tu peux nous parler de l’enfance et de l’adolescence où la sensibilité est très présente ?

Saverio : En fait, on s’est rendu compte ces deux dernières années que tous les enfants sont hypersensibles. Ça veut dire plusieurs choses, la première est qu’on ne parlait pas d’hypersensibilité ou de sensibilité élevée avant 1996, date de la sortie du premier livre d’Elaine Aron aux États-Unis, donc, avant, on ne savait pas que l’hypersensibilité existait. C’est un mot qui est nouveau, ce qui veut dire que jusqu’à la fin du 20esiècle, la sensibilité humaine n’était pas considérée comme un « trop », et que probablement nos sociétés, notamment occidentales, avec les crises, la guerre commerciale internationale, la technicité, le matérialisme, le consumérisme, tout ce qui est virtuel, a fait en sorte que le niveau global de sensibilité de la société a baissé. Donc, les personnes qui sont restées sensibles, comme avant, on les appelle aujourd’hui « hypersensibles » ou « hautement sensibles », ce qui est étonnant parce qu’on aurait plutôt dû dire que les personnes qui ont émoussé leur sensibilité ou qui l’ont amoindrie, sont des « hyposensibles »… C’est important parce que les enfants naissent tous très sensibles, donc on va dire hautement sensibles ou hypersensibles, et ils le resteront jusqu’à 7, 8, 9 ans. Après, certains vont rester sensibles et d’autres, pour s’adapter à la société, vont petit à petit baisser leur sensibilité. Que les enfants gardent leur grand niveau de sensibilité ou pas, de toute façon au moment de l’adolescence il va y avoir un grand tumulte qui fait que tous les adolescents vont redevenir hypersensibles parce qu’ils sont fragilisés, pendant 5 ou 10 ans, entre 15 et 25 ans […].

Ana : Comment accompagner au mieux son enfant, son conjoint ou son ami hypersensible ?

Saverio : Ce qui est important, c’est de savoir qu’une personne très sensible, qu’on peut donc appeler hypersensible ou ultrasensible vit sans filtre, c’est-à-dire que toutes les informations arrivent à tous les niveaux de la sensibilité : sensations, émotions, intuitions, etc. Cela fait beaucoup d’informations à la fois, donc cette personne est trop stimulée, et au bout d’un moment elle va connaître une saturation. Les personnes très sensibles le savent. Dans une foule, dans un centre commercial, au restaurant, au travail, dans les transports en commun, ou dans certaines situations qui sont stressantes ou impliquantes, il va y avoir un moment où on sent qu’on sature. Quand on sent qu’on sature, on a besoin de repos, c’est la seule chosequ’on puisse faire pour faire baisser le niveau de saturation et de stimulation. Donc avec un enfant, un copain, une copine, un conjoint, une conjointe qui est hypersensible, on peut repérer à quel moment cette personne sature et lui proposer une pause, par exemple : « viens on va faire un tour ; on sort du restaurant et on reviendra plus tard », ou si c’est un mariage ou une réunion, se dire « moi, j’ai besoin de 5-10 minutes pour marcher, respirer ou simplement fermer les yeux et me poser, pour que toute cette agitation intérieure se calme, et quand je me sens de nouveau disponible, je peux recommencer à aller vers les autres, à reprendre mon travail, à faire ce que j’ai à faire ». Donc ça c’est facile à faire quand on est adulte. Quand on est avec un enfant, c’est important que dans sa chambre il ait un « lieu refuge », ou dans la maison si on a la chance d’avoir une maison un peu grande. Je le dis aussi pour les professeurs des écoles, dans chaque classe, c’est important qu’il y ait un lieu refuge. Ce lieu peut être une tente, ou un ensemble de coussins sur un tapis, un lieu calme dans un coin, pas forcément avec beaucoup de lumière. Quand l’enfant sent lui-même que c’est trop pour lui – il va apprendre lui-même à repérer sa saturation –, il a le droit, tout seul, d’aller se blottir dans cet endroit refuge, de se poser là, et d’attendre le temps nécessaire. Quand ils sont petits, c’est avec le doudou, quand ils sont plus grands ils n’ont pas forcément besoin du doudou, encore qu’il y a des enfants qui ont besoin de leur doudou longtemps, et c’est bien comme ça pour eux, on n’a pas à leur interdire, on laisse l’enfant aller dans ce coin refuge le temps dont il a besoin, en fermant les yeux, en tournant le dos parfois, parce qu’il n’a pas envie de voir ce qui se passe pour les autres, et puis quand il sent que ça va mieux – l’enfant est très instinctif –, il se lève et revient avec les autres en classe, ou avec les autres dans la famille. C’est vraiment important d’avoir ce lieu refuge, ce coin refuge, partout où il va aller. Pour les adultes, si c’est à la maison, la personne hypersensible aura besoin d’aller dans sa chambre écouter de la musique ou faire silence, ou aller dans le jardin s’il y en a un, ou faire une promenade dans la rue et on ne s’étonnera pas, on ne se dira pas « ah tu fais la tête, tu boudes », non, pas du tout, c’est juste « je me repose, je fais le calme en moi, je sors de cette saturation et je vais de nouveau être disponible après ».

Ana : Je crois que la sensibilité et la beauté sont liées, et je crois que la beauté est une vraie médecine. J’aimerais que tu nous en parles…

Saverio : Oui, avec grand plaisir ! La beauté, c’est fondamental.Déjà dans les idées de Socrate, pour lui, la vérité était à la fois beauté, bonté et justice, et on pourrait aussi dire la justesse, parler de façon juste. La beauté est vraiment l’un des accomplissements humains les plus importants, et je pense que la beauté – comme la bonté, la justice et la justesse – sont des sources de bonheur, et notre sensibilité nous permet non seulement de préférer la beauté, et de préférer de loin la beauté à tout ce qui n’est pas beau, mais nous permet aussi de cultiver la beauté, de créer de la beauté, de stimuler le désir, le sien et celui des autres, pour la beauté. Une jeune femme ultrasensible m’a dit récemment « la beauté m’apaise », et ça m’a énormément ému, c’est magnifique ! La beauté m’apaise… C’est-à-dire qu’il y a dans la beauté quelque chose qui est en adéquation avec notre âme et avec notre cœur, qui est en correspondance intime et subtile avec nos âmes, qui fait que nous avons besoin, puissamment besoin, profondément besoin de beauté. Là je lance un appel à tous les politiques de tous les pays pour que la beauté soit vraiment cultivée dans toutes les villes, dans toutes les rues, dans les écoles, dans les transports en commun, dans tous les lieux publics, et qu’on favorise aussi la beauté partout. En fait, on n’aura jamais assez de beauté en nous et autour de nous, donc faisons en sorte de cultiver, de développer la beauté à l’infini ! Pour répondre à la deuxième partie de ta question, oui la beauté est guérissante, non seulement elle nous apaise, mais elle nous met en phase avec nous-même, elle nous réconcilie avec notre âme, avec notre cœur, et elle est dans des vibrations qui sont suffisamment élevées pour nous faire quitter ce qui justement nous plombe : le matérialisme, le consumérisme, la pollution, la violence, la haine, le pouvoir, la domination, etc., toutes ces énergies qui nous rabaissent et nous font aller mal. Finalement la beauté va être un élan qui va pousser, soutenir, la possibilité d’une remontée vers des vibrations élevées qui sont justes, qui sont nos vibrations d’être humain, à l’équivalent de la nature autour de nous.

Ana : Ça me remplit le cœur, merci ! Saverio, merci pour ce moment de bonheur, à réhabiliter notre partie d’humanité qu’est la sensibilité. Est-ce que tu peux nous laisser un dernier message ?

Saverio : Nous sommes tous sensibles. Ne faisons pas de catégories. Essayons de vivre au mieux chacune et chacun notre sensibilité, essayons d’aller de plus en plus dans le sens de la relation à l’autre, que cet autre soit un être humain, un animal, un végétal. Vivons au mieux, vivons dans la beauté, le maximum de beauté, ouvrons notre cœur et soyons un peu fous, mettons de la fantaisie dans notre quotidien, émerveillons-nous. Je sais qu’il y a des choses difficiles dans la vie, malheureusement, mais il n’y a pas que ça et l’on peut aussi s’émerveiller qu’il y ait autant de belles personnes sur Terre et que nous puissions faire cette magnifique farandole de la vie qui va, pour ensemble jusqu’à l’infini. Merci !

Ana : Merci à toi, pour cette porte que tu viens de nous ouvrir !

Saverio Tomasella

Saverio Tomasella est docteur en psychologie, psychanalyste est écrivain.
Il a fondé l'Observatoire de l'ultrasensibilité.
Il est l’auteur de nombreux livres, dont :
- Hypersensibles. Trop sensibles pour être heureux ?, Eyrolles, 2013.
- A fleur de peau (roman), Leduc, 2017.
- Attention coeurs fragiles ! Les hypersensibles et l’amour, Eyrolles, 2018.
- J’aide mon enfant hypersensible à s’épanouir, Leduc, 2018.
- Ultrasensibles au travail, Eyrolles, 2019.

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