skip to Main Content

Ma sensibilité est une force

Je fais de mon ultrasensibilité une force.

1- Mon ressenti est devenu ma boussole :
« J’ai toujours été hypersensible, touchée au cœur par le bon et le mauvais. Je ressens tout très très fort : les ambiances, les gens les événements. Tout m’atteint au cœur, rien ne glisse sur moi. Petite, on m’appelait la pleureuse. Je m’épuisais à essayer de ne pas me laisser déborder par mes émotions. C’est en rencontrant mon second mari, il y a cinq ans, que j’ai assumé mon hypersensibilité et que je m’en suis servie. Son regard sur moi m’a permis de voir que ce que je prenais pour une faiblesse était en fait un pouvoir en sommeil. Le fait de tout ressentir très fort est porteur d’informations, il n’y a qu’à questionner l’émotion au lieu de tenter de « l’aplatir ». Quand je suis très en colère ou très triste pour ce qui est une broutille aux yeux des autres, je me questionne : que me dit ma colère ? Que me dit ma tristesse ? Cela fonctionne aussi pour les émotions positives : la joie, le soulagement, l’enthousiasme… En fait, faire parler mes émotions intenses me permet de mieux me connaître, de mieux comprendre ce qui me plaît ou me déplaît ans une situation ou chez une personne. Aujourd’hui, mon ressenti XXL est une boussole qui me permet de me diriger avec plus de confiance en moi. » Odile
L’avis du psy :
> « Le témoignage d’Odile met en évidence plusieurs caractéristiques fondamentales de l’hypersensibilité :
– Odile est touchée au cœur, ressent tout très fort. Comme tous les ultrasensibles, elle ne dispose d’aucun « filtre » qui la protègerait.
– Son entourage ne comprenait pas sa sensibilité élevée et la tournait en dérision.
– Elle s’épuisait en luttant contre ses émotions.
C’est grâce à l’amour d’un proche et à un changement de regard sur elle-même qu’elle a vécu ce grand basculement qui permet enfin de vivre heureux en étant extrêmement sensible : faire d’un fardeau un fabuleux pouvoir, en accueillant ses émotions pour apprendre d’elles. »

2- J’ai développé ma créativité :
« La beauté m’a toujours bouleversée. Je me souviens avoir contemplé des heures une reproduction de la Vénus de Botticelli chez ma marraine. Je la fixais jusqu’à ce que j’aie l’impression de pénétrer dans le tableau, d’être baignée de ces couleurs merveilleuses, d’évoluer dans un univers sans violence ni laideur. Quand j’ai écouté pour la première fois les Nocturnes de Chopin, j’ai pleuré. Je devais avoir 8 ou 9 ans. En fait, tout me bouleversait : notre vieille voisine et son pied déformé, les documentaires animaliers où il y avait toujours un animal qui mourrait ou qui était agressé, les images de guerre… Ce qui m’a sauvée, car l’hypersensibilité revient à se sentir à vif en permanence, c’est la créativité. Je me suis mise à prendre des cours de dessins il y a trois ans, puis je suis passée à la peinture, je fais aussi de la photo. Je pratique ces activités en amateure mais elles sont au cœur de ma vie. Mon mari et mes enfants savent que le dimanche après-midi et deux soirs par semaine je suis ailleurs, dans ma bulle. Avec ces pratiques, j’ai l’impression d’apporter ma petite touche de beauté dans le monde, dans mon monde en tout cas. Sans cette sensibilité extrême que j’ai si souvent maudite au cours de ma vie, je sais que je ne me nourrirais pas aussi intensément de la beauté du monde et que je n’aurais pas développé ma créativité. » Lisa
L’avis du psy :
> « Lisa, comme la grande majorité des personnes ultrasensibles, est particulièrement touchée par la beauté. Ce qui est beau l’émeut au sens fort, la bouleverse et la met en mouvement de façon très puissante. Heureusement, elle a trouvé le levier qui réussit le mieux pour transformer son ultrasensibilité en puissance vivifiante : la créativité. Mieux encore, elle met très régulièrement en pratique ses talents de façon active, en se réfugiant à l’abri, dans son monde à elle. »

3- Mes relations sont devenues plus authentiques :
« Mon hypersensibilité était loin d’être une évidence pour ceux que je rencontrais. Surtout au travail. J’ai été élevé avec une devise : prendre sur soi et sourire. Ce qui m’a réussi dans mon parcours professionnel où on louait ma force tranquille et mon self control. Ce que personne ne savait, y compris mes plus proches, c’est qu’à l’intérieur de moi, c’était un volcan. Je ressentais tout en intensité : les ambiances, les situations, les échanges… Mais ma protection, du moins, je le croyais, c’était mon armure. Et puis j’ai fait un burn out et l’armure en question s’est fissurée de tous les côtés. J’ai suivi une thérapie au cours de laquelle j’ai compris que je me faisais violence depuis des années. J’ai appris à accueillir mes émotions sans les juger et à les exprimer. A partir de là, ma vie relationnelle a totalement changé. Je ne fonctionnais plus en mode robot, entre temps j’avais changé d’entreprise, je ne me réfugiais plus derrière des discussions uniquement « techniques », j’ai laissé parler mon cœur, mes sentiments et j’ai découvert combien les échanges avec les autres étaient plus authentiques et plus enrichissants. » Aline
L’avis du psy :
> « Aline exprime une des principales difficultés des grands sensibles : ils sont rarement compris par leur entourage. De ce fait, depuis qu’ils sont petits, ils essayent de cacher leur immense sensibilité, et la répriment derrière un blindage de plus en plus fort. Leurs émotions non digérées s’accumulent et sont en perpétuel bouillonnement. La personne ultrasensible se construit une fausse personnalité et finit par dépérir : dépressions, épuisements, maladies. Un chemin thérapeutique ou spirituel est alors nécessaire pour revenir à soi, se retrouver, puis s’accepter enfin. »

Trois questions à Saverio Tomasella
Docteur en psychologie, psychanalyste et spécialiste de l’hypersensibilité, il est notamment l’auteur de Hypersensibles. Trop sensibles pour être heureux ? (Eyrolles) et Attention, cœurs fragiles ! Les hypersensibles et l’amour (Eyrolles).

1- Pourquoi les hypersensibles vivent-ils en général leur hypersensibilité de manière négative ?
> « Nous vivons bien ce qui nous apporte légèreté, reconnaissance, valorisation, aisance et capacité d’action dans le monde. Or, de très nombreux enfants hypersensibles entendent régulièrement des critiques, de moqueries et des reproches sur leur sensibilité élevée. Ils se sentent alors différents, puis diminués, enfin incapables d’être reconnus comme valeureux par leur entourage. Ils en concluent donc, selon la grille de lecture de la société, qu’ils ne sont « pas comme les autres », qu’ils ne sont pas « normaux », qu’ils posent « problème ». Du coup, ils intègrent malgré eux une mauvaise idée sur eux-mêmes, une image dévalorisante et finissent pas détester leur haute sensibilité. »

2- Quelles sont selon vous les qualités et forces qui vont de pair avec l’hypersensibilité ?
> « Les qualités des ultrasensibles sont foisonnantes : délicatesse, finesse, subtilité, sens du détail, observation, approfondissement, authenticité, honnêteté, écoute, empathie, créativité, intuition, engagement pour préserver la planète, générosité, solidarité, etc. Pour que ces qualités deviennent des forces, il est nécessaire de les aimer, de les développer, de les entretenir et de les pratiquer de façon concrète au quotidien. Les qualités qui dorment ne servent à rien, il vaut mieux les transformer en actions. »

3- Comment faire de sa fragilité une force ?
> « Comme l’expliquent très bien les trois témoignages :
– Accueillir chaque émotion, l’écouter, apprendre d’elle. Cela demande un peu de patience et de persévérance, quelques secondes à chaque fois et beaucoup d’amour, et cela change réellement la vie.
– Trouver un domaine de pratique de sa créativité : danse, chant, théâtre, musique, peinture, dessin, sculpture, photographie, écriture mais aussi cuisine, jardinage, bricolage, etc.
– Cultiver les bonnes relations, les relations fiables et authentiques, celles où l’on se sent accueilli(e), exister soi en entier, reconnu(e) pour qui l’on est vraiment et profondément respecté(e).
Par ailleurs, une démarche d’ouverture spirituelle, qu’elle que soit sa nature, aide énormément les ultrasensibles. Enfin, la rencontre d’un véritable amour, une relation amoureuse faite d’écoute, d’intimité partagée, de vraie tendresse et de créativité commune est un vecteur d’épanouissement fabuleux pour une personne hyperempathe et hypersensible ! »

Propos recueillis par Flavia Mazelin-Salvi pour le magazine Maxi (février 2018).

Saverio Tomasella

Saverio Tomasella est docteur en psychologie, psychanalyste est écrivain.
Il a fondé l'Observatoire de l'ultrasensibilité.
Il est l’auteur de nombreux livres, dont :
- Hypersensibles. Trop sensibles pour être heureux ?, Eyrolles, 2013.
- A fleur de peau (roman), Leduc, 2017.
- Attention coeurs fragiles ! Les hypersensibles et l’amour, Eyrolles, 2018.
- J’aide mon enfant hypersensible à s’épanouir, Leduc, 2018.
- Ultrasensibles au travail, Eyrolles, 2019.

Back To Top